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juin
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Laura Gaillard réalise sa thèse dans l’équipe génie civil et énergétique (GCE) d’ICube sur une problématique de développement durable : le recyclage vertueux de l’asphalte de nos routes pour en construire de nouvelles. Apprentie enseignante et chercheuse comme elle se présente à ses étudiants, elle s’épanouit pleinement dans cette double fonction.

« Pour évaluer les performances mécaniques du matériau que j’étudie, je manipule des échantillons de 17 kg, c’est sportif ! Au début, je ne pensais pas y arriver, mais rien n’est insurmontable, il faut de l’entraînement et ça se passe très bien » s’amuse la jeune doctorante. Le matériau qu’elle étudie est la couche supérieure des routes en réfection, les agrégats d’enrobés. L’ambition est de proposer un meilleur procédé de transformation de ce matériau, à froid et sans liant bitumeux, pour faire de nouvelles routes. Cela augmenterait le recyclage de ce matériau, réduirait la consommation de ressources, les impacts sur l’environnement et les coûts.

C’est toute l’ambition du projet européen Interreg ORRAP* (optimal recycling of reclaimed asphalt pavement) dans lequel s’intègre sa thèse. Il implique cinq organismes d’enseignement et de recherche, dont l’INSA Strasbourg, huit collectivités, et cinq entreprises, en France, Allemagne et Suisse. Il est coordonné par Cyrille Chazallon, professeur des universités à l’INSA Strasbourg, qui dirige la thèse de Laura Gaillard. Le procédé concerne le réseau routier secondaire, dit à faible trafic, qui représente 70% du réseau national.

Essais expérimentaux et réflexion personnelle

C’est une thèse très expérimentale qui mêle essais en laboratoire et modélisation numérique. Elle cherche à mesurer la résistance mécanique du matériau à différentes températures pour évaluer sa capacité à supporter le trafic. « Pour cela, on fabrique des éprouvettes d’agrégats d’enrobés, de 30 cm de hauteur et 15 cm de diamètre, que l’on soumet à des charges pendant un certain temps et à différentes températures, pour simuler le trafic routier. C’est une manip très intéressante, avec une instrumentation complexe, elle demande plusieurs essais avant d’être autonome » explique-t-elle.

Deux à trois fois par an, les avancées scientifiques sont discutées entre partenaires français, suisses et allemands. « Les normes, réglementations et procédures sont différentes d’un pays à l’autre. Ces échanges avec des universitaires et des professionnels d’autres pays m’apportent une ouverture, un autre regard et suscitent de nouvelles réponses à mes questions » commente la doctorante.

Dans la recherche, elle aime la démarche de réflexion personnelle, pour trouver des solutions en étant curieux des autres domaines. Une accommodation constante entre le détail et la vision globale. Elle a publié un article dans une revue scientifique (Road Materials and Pavement Design Journal) et a présenté ses travaux en conférence. Sa soutenance est programmée en novembre 2019.

« Les échanges avec les enseignants m’ont donné envie de poursuivre en thèse »

Avec ses deux années de classes préparatoires en maths, physique et sciences de l’ingénieur et son diplôme d’ingénieur en génie civil INSA Strasbourg obtenu en 2016, Laura Gaillard ne destinait pas sa carrière à la recherche. C’est l’enseignante qui suivait son projet de fin d’études, Saïda Mouhoubi, qui lui a donné envie de poursuivre en thèse en lui présentant les travaux du laboratoire. A l’INSA Strasbourg, elle a surtout apprécié les échanges avec ses enseignants. « Ils étaient toujours présents et disponibles lorsque j’avais des questions. C’est grâce à eux que je poursuis en thèse aujourd’hui » souligne-t-elle.

En doctorat, elle découvre aussi le plaisir et la satisfaction d’enseigner. Elle transmet ses connaissances aux étudiants ingénieurs du département mécanique (2e année) et en génie civil (4e année), plus jeunes qu’elle de quelques années seulement. « L’enseignement me passionne depuis longtemps. L’échange avec les étudiants est très enrichissant. J’apprends autant qu’eux. Avec eux, j’ai appris à enseigner. Ils sont très respectueux, ils donnent beaucoup de leur personne. Je n’ai que de bons retours ». Laura Gaillard a trouvé sa voie, elle est épanouie dans ce métier double d’enseignant-chercheur.

Après sa thèse, elle poursuivra ses travaux avec un post-doctorat de 8 mois où elle testera le matériau in situ, sur deux chaussées expérimentales. Elle passera également la qualification pour être maître de conférences. Nous lui souhaitons une belle carrière dans la recherche et l’enseignement publics.

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*D’un budget total de 1,48 million d’euros, ORRAP est cofinancé par le programme INTERREG V Rhin Supérieur à hauteur de 622 553.00 € issus du FEDER (Fonds Européen pour le Développement Régional). Il est également soutenu par les partenaires suisses dans le cadre de la Nouvelle Politique Régionale et/ou des Cantons. A ce titre, le projet est cofinancé par la Confédération Suisse, le canton d’Argovie, et le canton de Bâle-Campagne.

Rédactrice : Stéphanie Robert
Crédit Photo : Fujiao TANG

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