05
février
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Plus de 40 personnes – étudiants, personnels, chercheurs et curieux – ont participé à la dernière rencontre du cycle Au cœur de la recherche. Et une chose est sûre : cette édition a marqué les esprits. Dès l’entrée, le ton était donné. L’équipe organisatrice s’est fortement mobilisée pour proposer un format vivant, interactif et accessible. Loin d’une simple conférence, la rencontre s’est transformée en véritable parcours de découverte, ponctué de stands, de maquettes, de démonstrations et d’échanges directs avec les chercheurs, techniciens et doctorants. Une organisation au carré, pensée pour voir la recherche autrement.

Des châteaux rhénans entre science, patrimoine et haute technologie

La première partie de la rencontre était consacrée à la présentation du projet européen Interreg “Promotion et valorisation des châteaux forts du Rhin supérieur”, présenté par Mathieu Koehl, enseignant-chercheur à l’INSA Strasbourg et responsable de la plateforme Topographie.

Ce projet transfrontalier s’intéresse à un patrimoine exceptionnel : plus de 200  châteaux médiévaux encore visibles à l’état de ruines en Alsace, en Allemagne et en Suisse. L’objectif ? Mieux les comprendre, les documenter… et les faire revivre grâce au numérique.

Le travail commence sur le terrain :

  • photogrammétrie

  • lasergrammétrie

  • GNSS

  • tachéométrie

Ces méthodes permettent d’acquérir des données topographiques de très haute précision. À partir de ces relevés, les équipes génèrent des nuages de points géoréférencés, des maillages 3D, nettoient numériquement la végétation, puis texturent les modèles.

On obtient alors une restitution fidèle de l’état actuel des ruines… mais aussi des reconstitutions à différentes périodes historiques. C’est là qu’intervient la 4D : quand on ajoute le temps à la modélisation 3D. En collaboration étroite avec archéologues et historiens, les hypothèses évoluent, les modèles sont mis à jour, parfois après des campagnes de fouilles auxquelles des membres de l’équipe, comme Étienne Fritsch, ont directement participé.

Initialement, le projet devait traiter 8 à 10 châteaux. Aujourd’hui, plus de 15 sites ont déjà été modélisés, parfois pour plusieurs époques : Birkenfels, Ramstein, Hugstein, Flixbourg, Frankenbourg…

Ces modèles servent à la recherche, mais aussi à la valorisation : maquettes physiques, rendus vidéo, réalité virtuelle, supports pédagogiques et même maquettes XXL tactiles, jusqu’à deux mètres, pour rendre ces sites accessibles à tous.

LES recherches en cours : la thèse d’Étienne SommER

La seconde partie a mis en lumière le travail de thèse d’Étienne Sommer, un doctorant impliqué dans le projet.

Son objectif : développer une méthode de modélisation paramétrique capable d’automatiser et d’accélérer la création de restitutions historiques définis à partir de paramètres simples : dimensions, proportions, organisation des volumes, typologie des éléments architecturaux… À partir de ces données, le modèle peut être généré, modifié et mis à jour rapidement, même lorsque toutes les informations historiques ne sont pas connues.

Cette approche permet :

  • de tester facilement plusieurs hypothèses de restitution

  • d’intégrer progressivement de nouvelles données issues de la recherche archéologique

  • de produire des modèles compréhensibles et exploitables pour la médiation vers le grand public

Le système repose sur une logique proche de la programmation, mais sous une forme visuelle et simplifiée, ce qui rend les modifications rapides : on peut passer d’une proposition de restitution à une autre en quelques ajustements de paramètres.

Le travail intègre aussi le contexte environnemental. Par exemple, à partir de données de terrain (relief, surfaces, informations géographiques), le modèle peut prendre en compte la topographie, la densité de végétation ou l’implantation du site. Le château de Birkenfels fait partie des cas d’étude permettant de comparer différentes hypothèses historiques sur une même base géométrique.

Un autre enjeu important de la thèse concerne la valorisation des modèles. Les données produites dans ces environnements paramétriques ne sont pas toujours directement exportables vers d’autres logiciels de visualisation. Étienne explore donc des solutions pour alléger ces modèles et les rendre plus exploitables, notamment via des méthodes innovantes de visualisation en temps réel.

Autour de LA conférence : la recherche à portée de main

Ce qui a fait la force de cette rencontre, c’est aussi tout ce qui se passait autour.

Plusieurs stands permettaient aux participants de circuler librement :

  • un stand avec des maquettes 3D physiques de châteaux

  • un espace de projection vidéo montrant toutes les étapes du processus de modélisation

  • un stand avec écran et maquettes numériques sur Sketchfab, accessibles via QR codes

  • un stand dédié à la recherche d’Étienne Sommer

  • Un cube de réalité virtuelle dans lequel il était possible de s’immerger dans les châteaux à différentes époque

  • un atelier plus ludique autour de la représentation des châteaux

Les visiteurs pouvaient voir les châteaux à l’état de ruine, les reconstitutions historiques, des vidéos montrant leur évolution au fil des siècles, ou encore des “balades” virtuelles à l’intérieur des sites. Certains projets permettent même d’assembler des maquettes ou de se déplacer dans les châteaux via le cube de réalité virtuelle.

Des rencontres qui donnent envie de pousser la porte des labos ET DES PLATEFORMES

Ce projet illustre parfaitement l’esprit du cycle Au cœur de la recherche : montrer une recherche vivante, concrète, ancrée dans des enjeux réels et pleinement intégrée à la formation.

De nombreux étudiants y contribuent dans le cadre de leur Projet de recherche technologique (PRT) et Projet de fin d’étude (PFE), comme par exemple Jade Emmanuelle Heitz, qui, dans le cadre de son PFE, a travaillé sur la modélisation d’un château. Depuis son embauche dans l’équipe, elle poursuit ces modélisations,  assure le suivi des projets étudiants, reprend et homogénéise les éléments produits et participe à l’intégration des données dans le cube de réalité virtuelle.

Cette édition a montré à quel point ces rencontres sont bien plus que des conférences. Ce sont des moments où l’on peut :

  • voir la recherche en train de se faire

  • discuter directement avec les chercheurs

  • manipuler, observer, comprendre

  • découvrir des domaines qu’on n’aurait jamais imaginé explorer

Le cycle Au cœur de la recherche confirme ainsi sa vocation : ouvrir les portes de la science, créer du lien entre disciplines, entre formation et recherche, et entre l’INSA Strasbourg et son territoire.

POUR ALLER PLUS LOIN

Le projet d’un montant global de près de 5 millions d’euros bénéficie d’un cofinancement européen FEDER (soit à hauteur de 60% du montant global) de 2,9 millions d’euros au titre du programme INTERREG Rhin Supérieur.

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