27
juin
Par

Texte de Stéphanie Robert

Entretien – Comment se met-on en scène sur LinkedIn ?

 

Hélène Hoblingre, doctorante au Lisec[1] s’intéresse à la mise en scène de soi sur le réseau social professionnel LinkedIn. Elle met en évidence des stratégies individuelles et collectives, qui peuvent s’opposer. Partant de sa recherche, la doctorante prodigue des conseils aux étudiants pour l’utiliser à bon escient.

Depuis 2014, vous étudiez l’usage du réseau social professionnel LinkedIn et la manière dont les individus s’y mettent en scène. Comment êtes-vous venue à ce questionnement ?

J’ai connu moi-même plusieurs reconversions professionnelles après ma maîtrise de lettres modernes à la Sorbonne. A 33 ans, j’ai déjà exercé cinq métiers : maître auxiliaire, gestionnaire de paie, assistante ressources humaines, écrivain public, conseillère en insertion professionnelle. A chaque fois, j’étais obligée de me mettre en scène professionnellement sur le CV et lors de l’entretien. Je devais laisser entrevoir mon potentiel. Je connais assez bien les codes de l’insertion et des recruteurs. Être compétent ne suffit pas, il faut savoir manifester ses compétences. D’où mon questionnement sur la mise en scène de soi sur les CV. C’est pour cela que j’ai choisi LinkedIn comme terrain de recherche.

Jacques Audran a assisté à la soutenance du mémoire de mon master 2 ingénierie de la formation et des compétences. Il s’est montré très intéressé par mon sujet de thèse. Nous avons eu un bon contact, je me suis sentie en confiance.

Quelles sont vos principales conclusions ?

Les personnes utilisent LinkedIn dans une perspective individuelle : candidater à un emploi, faire évoluer sa carrière, se reconvertir. En même temps, certains l’utilisent dans une perspective collective : c’est par exemple le cas des recruteurs qui cherchent à attirer le plus de candidats possible, au nom de l’entreprise. Avec le développement de la marque employeur (« employer branding »), les entreprises cherchent à contrôler les profils des employés si celui-ci a un impact sur leur image. Il peut y avoir des clivages. J’observe les stratégies en œuvre pour concilier les deux ou la manière dont elles s’opposent. D’après les douze entretiens que j’ai menés avec des Français et des Canadiens, j’ai remarqué deux approches différentes.

Que voulez-vous dire ?

Les Canadiens me semblent moins dans l’opposition, ils arrivent davantage à concilier les deux. Stratégie individuelle et collective peuvent aller de pair. Alors qu’en France, j’ai vu des personnes partagées entre la loyauté envers leur entreprise et leur désir de faire évoluer leur carrière dans une voie différente. Les Canadiens communiquent davantage avec l’employeur alors que les Français sont peut-être plus dans l’implicite, la défiance ou l’autocensure. Mais c’est sans doute lié à la différence de pression sur le marché du travail, au Canada, les employés sont davantage en position de force, alors qu’en France plane le spectre du chômage.

Comment avez-vous procédé pour mener votre recherche ?

Mon sujet a évolué, mon questionnement s’est nourri de lectures théoriques et d’entretiens que j’ai menés avec 12 Français, 12 Canadiens et deux experts LinkedIn (consultants qui proposent des formations sur l’utilisation du réseau). Quant aux lectures, Mise en scène de la vie quotidienne d’Erwin Goffman a été une grande source de références et citations, et A quoi rêvent les algorithmes de Dominique Cardon et L’être et l’écran, comment le numérique change la perception de Stéphane Vial ont nourri ma réflexion.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants pour utiliser LinkedIn à bon escient dans une perspective professionnelle ?

La première chose est de bien faire la distinction entre Facebook et LinkedIn. Les entreprises prennent conscience que leur image est impactée par les réseaux sociaux, notamment professionnels. Elles tendent de plus en plus à demander à leurs employés d’être des ambassadeurs. Si les étudiants ne maîtrisent pas les codes des différents réseaux, cela renvoie une mauvaise image. Il faut veiller à ce que tout reste strictement professionnel sur le profil LinkedIn, y compris la photo.

Cela suppose de construire différemment son réseau. D’après moi, accepter tout à chacun sur LinkedIn, comme certains le font pour Facebook, est à éviter. En tout cas, cela suppose d’y réfléchir, de se poser la question, de ne pas procéder par automatisme mais par choix stratégique.

Ensuite, il faut suivre, actualiser et surveiller son profil. Il a comme une vie propre, avec les possibilités de recommandations par exemple. Les employeurs comparent les CV qu’ils reçoivent au profil LinkedIn, ils doivent rester en cohérence. Il convient de combler les écarts, et privilégier un profil minimaliste si vous envoyez des CV ciblés différents.

Quels sont vos projets à présent ?

Je termine un article et j’attends la réponse d’une revue concernant un deuxième article. Suite à un colloque, j’ai  été sélectionnée par l’université du Havre pour la publication d’un chapitre dans un ouvrage collectif. En parallèle je rédige ma thèse. J’ai plaisir à enseigner, à écrire et j’ai le goût de la recherche. Mon souhait est d’obtenir un poste de maître de conférences dans les sciences de l’éducation ou de l’information et de la communication.

Thèse : Hélène Hoblingre Klein – L’espace scénique LinkedIn, entre stratégie interne et externe : quelles pistes en termes de développement professionnel ? – sous la direction de Jacques Audran

Publications :

Crédit photo : Stéphanie Robert

[1]
              Laboratoire interuniversitaire des sciences de l’éducation et de la communication

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